2170
De toute évidence, pour les gardiens de la morale, ce titre a tout d’une provocation. Si vous manquez de notions élémentaires d’économie et ne faites que vanter aveuglément des mots creux comme « précieux » ou « respect », passez votre chemin. Ce qui suit n’est pas pour vous.
Il était une fois, lors d’un entraînement militaire des étudiants de l’Université des Transports de Pékin, un étudiant trouva le pain trop dur et trop sec pour être avalé. D’un geste, il le jeta à la poubelle. Mais voilà qu’un enseignant, à l’œil perçant et plein de bonnes intentions, le vit. Il ordonna à l’étudiant de le sortir de la poubelle. L’étudiant obéit, mais l’enseignant, insatisfait, exigea qu’il le mange. L’étudiant refusa. S’ensuivirent échanges verbaux et coups, un véritable conflit physique, avant que d’autres étudiants et enseignants, simples spectateurs, ne les séparent. Finalement, l’université exigea des excuses publiques de l’étudiant. Ce dernier déclara : « Je ne m’excuse pas auprès des dirigeants et des enseignants, mais auprès du pain et des paysans. » La toile s’enflamma : certains crièrent au manque d’endurance de l’étudiant, d’autres à l’humiliation infligée par l’enseignant.
D’abord, je tiens à dire que l’étudiant n’a aucune raison de s’excuser ni auprès des paysans ni auprès du pain. Le pain a été acheté avec son argent (ne me dites pas que les frais d’inscription n’incluent pas ceux de l’entraînement militaire !). Le droit d’en disposer lui appartient : le manger, le jeter, l’offrir à un enseignant, ou l’utiliser comme accessoire pour imiter « Ru Hua », c’est son choix. Qui plus est, jeter ce pain profite même aux paysans.