插章_三种意识假说
Chapitre intercalaire : Trois hypothèses dominantes sur la conscience — Trois anciennes voies et leur angle mort commun
Une fois le nouveau paradigme établi, il devient plus facile, en se retournant sur les hypothèses dominantes actuelles concernant la conscience, de discerner clairement ce que chacune d'elles a « saisi » et pourquoi elles peinent tant à converger de manière large.
Première ancienne voie : le centrage sur l'expérience. Elle place au premier plan « la manière dont je fais l'expérience du monde » ; elle est donc naturellement douée pour la description. Toutefois, dès qu'il s'agit de passer à l'explication causale, elle fait face à un dilemme : alors que la description peut être infiniment fine, la causalité, elle, peine à s'ancrer. Lorsqu'on demande « quel changement de structure entraîne quel changement de capacité », les réponses commencent à flotter. Elle n'est pas pour autant dénuée de valeur ; bien au contraire, l'approche centrée sur l'expérience préserve pour nous le tranchant du phénomène lui-même. Mais dans notre paradigme, l'expérience ressemble davantage à un niveau phénoménal : elle est certes importante, mais ne saurait servir de point de départ.
Deuxième ancienne voie : le centrage sur l'information et le calcul. Elle tente d'unifier le tout à l'aide d'un langage abstrait en apparence neutre ; elle possède ainsi une forte esthétique formelle et se laisse aisément adopter par l'intuition de l'ingénieur. Mais son angle mort s'en trouve également révélé : l'abstraction a tendance à gommer les contraintes inhérentes au vivant. On peut tout à fait formaliser un système comme « traitant de l'information », mais il est bien difficile d'en déduire s'il doit nécessairement posséder un métabolisme, s'il doit faire face à la rareté des ressources ou s'il doit se maintenir lui-même en temps réel. L'information et le calcul appartiennent certes à la boîte à outils de la vie et de l'esprit, mais dans notre paradigme, ils ne peuvent acquérir un statut causal qu'au sein de la structure et de la boucle fermée, sans pouvoir se substituer à la structure elle-même en tant que cause première.
Troisième ancienne voie : le centrage sur la fonction cognitive. Plus proche de la démarche classique de la psychologie et des sciences expérimentales, elle excelle à décrire ce que fait la conscience en termes de tâches, de performances, de modules et de mécanismes. Sa contribution est d'orienter le débat vers des questions expérimentales opérationnelles ; son risque est de réduire subrepticement la conscience à « un simple nom donné à certaines fonctions supérieures ». Ainsi, on a vite fait, sans le vouloir, de confiner la conscience au voisinage du « rapport », de la « réflexion », du « raisonnement » et du « langage », tout en reléguant à la périphérie les plantes, les nourrissons, les états d'anesthésie et les cas pathologiques, comme s'ils n'étaient que des exceptions « pas assez ressemblantes ».
L'angle mort commun à ces trois anciennes voies peut se résumer en une phrase : chacune d'elles a, à un endroit ou un autre, coupé la conscience du continuum du vivant — soit au niveau du vocabulaire de l'expérience, soit dans le calcul abstrait, soit dans les fonctions supérieures. Une fois cette scission opérée, elles sont certes cohérentes chacune de leur côté, mais c'est précisément ce qui les empêche de converger.
Ce que propose le paradigme de l'évolution structurelle de l'agentivité vitale de la conscience, c'est de ramener la coupure au sein même du vivant : en posant le métabolisme-auto-maintien comme socle minimal, l'évolution des structures et leurs formes d'organisation comme sources de différenciation, et l'agentivité comme noyau causal. Dès lors, l'expérience n'est plus niée, mais réinsérée ; l'information et la fonction ne sont plus bannies, mais remises à leur juste place.
